Une enquête conduite en France auprès de 850 patients atteints de cancer montre que 60% d’entre eux se tournent vers les médecines alternatives et complémentaires, mais que près de la moitié n’en parlent pas à leur médecin. Cette enquête a été présentée dans le cadre d'EUROCANCER (Paris, 22-24 juin 2010).
Les médecines alternatives et complémentaires (MAC) constituent un groupe hétérogène de pratiques considérées comme des médecines non conventionnelles. « L’attrait pour ces pratiques en oncologie est une réalité que les médecins ne peuvent ni ignorer ni réfuter », explique le Dr Manuel Rodrigues, oncologue, responsable de l’Association d’Enseignement et de Recherche des Internes en Oncologie (Paris). « Les oncologues ne s’opposent pas systématiquement à l’utilisation de ces MAC, mais il est nécessaire de mieux les informer ».
Il faut distinguer les médecines complémentaires, utilisées en complément d’un traitement anticancéreux classique pour en atténuer les effets, des médecines alternatives, utilisées à la place des traitements oncologiques validés aux fins de traiter le cancer. Les premières incluent l’homéopathie, l’acupuncture, l’auriculothérapie ou les compléments nutritionnels. Les secondes (utilisation de ginseng, de cartilage de requin, de graines de lin...) sont souvent considérées comme dangereuses en oncologie, car elles risquent de détourner les patients du traitement de référence.
En Europe, le taux d’utilisation des MAC par les patients en oncologie varierait de 15% à 75% selon les pays. Pour évaluer la fréquence du recours aux MAC chez les patients atteints de cancer en France, une étude multicentrique nationale a été menée de janvier à mars 2010 dans 18 centres répartis sur tout le territoire. Cette étude a inclus 850 adultes atteints d’une tumeur solide ou d’une hémopathie, qui ont répondu à un questionnaire concernant leur utilisation des médecines alternatives et complémentaires.
Résultats : 844 questionnaires de patients (âge médian : 60 ans, 60% de femmes) ont été analysés. Les cancers les plus fréquents étaient les cancers du sein (38 %) et les cancers colorectaux (12 %). Au final, 60 % des patients avaient recours aux médecines complémentaires. Les plus populaires étaient l’homéopathie (33 %), les acides gras oméga-3 (28 %), les probiotiques (23 %), les régimes alimentaires alternatifs (22 %), la consommation de vitamine C (23 %), de thé vert (20 %) et la pratique d’un sport (20 %). Jusqu’à 46 % des patients n’en ont jamais parlé à leur médecin.
L’étude a aussi permis d’analyser la vision du cancer et de son traitement par ces patients. Près de la moitié d’entre eux pensaient que leur cancer était lié à leur mode de vie. Les patients qui n’utilisaient pas de médecine complémentaire connaissaient le mieux les facteurs de risque de cancers (alcool, lait, papillomavirus, hépatite B…). Les patients qui utilisaient ces médecines complémentaires avaient plus souvent des idées fausses mais ils s’estimaient mieux informés.
Source : Impact Médecine 25/06/2010
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